08 janvier 2016

Mes films préférés de 2015

J'aurai vu 183 films en salles cette année 2015. Quantitativement, ce fut une (assez) grosse année (il faut que je remonte à 2009 pour une année similaire) mais qualitativement, moins. Aucun film ne m'a complètement enthousiasmé comme ce fut le cas, les années précédentes, avec, par exemple, Boyhood en 2014, Like Crazy en 2012 ou Hugo Cabret en 2011. En même temps, c'est normal qu'ils restent rares. Heureusement. Mais cette cuvée 2015 est aussi la plus diverse en termes de pays de provenance des films, rompant fortement avec ma sensibilité traditionnellement portée sur les films américains. Cette année, en plus des films anglo-saxons, mon top comprend un film québécois, un film allemand, un film coréen, un film turque et trois films français !

1. Tu Dors Nicole
Qui a lu mes (quatre!) premiers scénarios sait que le passage à l'âge adulte est mon thème préféré. Si la production française dans son ensemble est bien incapable de le voir (et de le comprendre), la "vingtaine" est un âge passionnant, à mon sens le plus passionnant de la vie. C'est un âge où tout change, un âge en flottement permanent où rien, de l'amour à l'amitié en passant par le boulot, n'est jamais acquis. C'est déjà ce qui avait été très bien montré dans Singles, Reality Bites, Le Lauréat, Frances Ha, Before Sunset, Garden State ou Funny Ha Ha. Désormais, il faudra rajouter à cette liste le merveilleux Tu Dors Nicole. Entre naturalisme et onirisme, le film de Stéphane Lafleur exprime à chaque plan ce flottement, cette incertitude, ce poids indéfinissable qui pèse sur le coeur de Nicole, jeune "vingtenaire" trop mature pour l'adolescence et trop immature pour l'âge adulte. Et le film a la plus belle trouvaille comique de l'année avec le personnage de Martin, jeune garçon qui a mué trop vite.

2. This Is Not A Love Story
"La fille avec un cancer" est quasiment devenu un sous-genre du teen-movie grâce à des films comme Now Is Good, Nos Etoiles Contraires et maintenant This Is Not A Love Story. Sauf que ce dernier se distingue énormément de ses deux prédécesseurs (que, par ailleurs, j'aime aussi beaucoup - surtout le premier). Le film n'est pas une romance mais un film sur l'amitié. Et, croyez-moi, ça change tout, du ton aux les thèmes abordés. This Is Not A Love Story est un rare cas de film où l'amitié entre garçon et fille (de la même orientation sexuelle) est traitée sans sous-entendus, ce qui confère au film une fraîcheur totalement inédite. Car le seul film que je connaisse à le faire date de 1989. C'était Say Anything de Cameron Crowe avec la relation de Lloyd et Corey. Bourrés d'inventions visuelles, de punch-lines hilarantes, de personnages magiques (le père testeur de nourritures exotiques, l'apprenti gangsta-rappeur blanc, le prof fan de Pho...) et de tendresse, le film de Alfonso Gomez-Rejon s'inscrit, plus qu'aucun autre, dans la veine de John Hughes (dont il emprunte notamment le sens du burlesque, de la punchline et du naturalisme). Bref, This Is Not A Love Story est un de ces teen-movies qui vous rappellent à quel point l'adolescence est à la fois complètement merdique et totalement géniale. Et la musique de Brian Eno !

3. Loin de la foule déchaînée
Les films en costumes, ça n'a jamais été trop mon truc. J'ai toujours préféré qu'on me parle de mon temps. Je n'étais donc pas particulièrement impatient de voir cette énième adaptation du roman de Thomas Hardy. C'était oublié l'incroyable modernité d'une oeuvre dont l'héroïne a inspiré jusqu'à Hunger Games. Loin de la foule déchaînée est une romance féministe comme on en voit rarement au cinéma. D'autant que Thomas Vinterberg arrive à trouver le souffle romanesque nécessaire à toute bonne histoire d'amour. Bref, c'est lyrique, envoutant, terriblement flamboyant et donne envie de tomber amoureux.

4. Mustang
Les images étaient belles comme un "Virgin Suicides turque". Les jeunes filles aussi : toute droit sorti d'un film de Sofia Coppola, bercée par l'ennui de l'été. Et puis il y a l'injustice, la vraie. Pas les tourments d'une adolescence entre ennui et coeur brisé. Cette injustice qui vous renverse le coeur, qui vous donne envie de vomir. Souvent, Mustang m'a donné envie de vomir. Toujours Mustang m'a transpercé le coeur. Car s'il y a résignation dans le film de Deniz Gamze Ergüven, il y a aussi beaucoup de rébellion. Une rébellion incarnée par une fille à l'aube de l'adolescence qui, si elle ne le comprend pas comme ça, refuse quand même les conventions d'une société rigide et patriarcale. A travers elle, son regard, j'ai souffert, j'ai pleuré, j'ai eu envie de rentrer dans l'écran pour l'en sortir. Un film qu'on devrait montrer à toutes les petites filles (et garçons).

5. It Follows
J'étais déjà un grand fan du précédent film de David Robert Mitchell, la chronique adolescente inédite The Myth Of The American Sleepover. J'attendais donc beaucoup de It Follows. Changement de style radical avec cette fois un film d'horreur comme on en fait plus, dans la veine du John Carpenter d'antan. Un film d'horreur d'ambiance qui repose sur la terreur sourde, sur l'invisible. Un film d'horreur sans ironie, terriblement anxiogène qui m'a remué longtemps après l'avoir vu. Mais It Follows est aussi (et surtout) un vrai film sur l'adolescence, ses angoisses, ses non-dits. Finalement, un film pas si différent de The Myth Of The American Sleepover

6. Sea Fog - Les Clandestins
Un film coréen ne m'avait pas enthousiasmé à ce point depuis l'âge d'or de sa nouvelle vague, au milieu des années 2000 quand Old Boy, A Bittersweet Life, Memories Of Murder ou Locataires avaient atterris sur les écrans français. C'est d'abord l'extrême sophistication scénaristique qui m'a complètement halluciné. Le film oscille entre film social, mélodrame, thriller et film d'horreur sans jamais qu'aucun genre ne parasite l'autre. Au contraire. Chacun enrichit l'autre. Avec sa mise en scène soignée et ses acteurs de haute voltige, Sea Fog devient une grande leçon de cinéma populaire, un film hyper-divertissant qui n'oublie jamais de livrer son message. Juste brillant.

7. Microbe et Gasoil
Michel Gondry n'est jamais aussi à l'aise avec la narration d'un long-métrage que lorsqu'il est bridé dans ses moyens. Dès qu'on lui offre un budget confortable, de Eternal Sunshine Of The Spotless Mind à L'Ecume des Jours, le réalisateur part dans tous les sens, dans des délires qui ne sont pas ceux d'un cinéaste avec une histoire à tenir mais ceux d'un gosse dans un magasin de jouets. Au contraire, comme dans le road-trip en huit-clos The We & The I, Microbe et Gasoil rappelle le talent inné de Gondry pour observer et saisir les détails - en particulier chez les adolescents. Microbe et Gasoil est frais, drôle, bourré de références, tendrement allumé et finalement très mélancolique et émouvant (cette fin !).

8. Les Cowboys
Le film est passé très inaperçu, rapport au contexte tragique de sa sortie. Pourtant, s'il a un rapport très net avec l'actualité, ce n'est qu'une histoire de contexte. Le sujet du film, lui, n'a rien à voir. Les Cowboys est un western contemporain, un quasi-remake de La Prisonnière du Désert. L'idée de ce père et de ce frère partis à la recherche de leur fille et soeur, mystérieusement disparue, est ainsi portée par une ambition scénaristique rarement vue dans le cinéma français. Tout à la fois un drame familial poignant et un film d'aventure, Les Cowboys m'a sincèrement rassuré sur la capacité du cinéma français à produire des choses qui ne rentrent pas dans un moule, qui ont leur propre singularité, leur propre rythme et, surtout, qui réussissent intelligemment à casser les barrières entre auteurisme forcené et film de genre. Pas étonnant, du coup, que ce soit un "premier" film de "vrai" scénariste.

9. Le Labyrinthe du silence
J'ai hésité à mettre Victoria à cette place. Victoria : un film de 2h20 filmé dans un immense plan-séquence, un film bouillant, vibrant, hallucinant de maîtrise qui est resté figé dans mon esprit des mois-durant. J'ai choisi son opposé dans le large spectre offert par le cinéma allemand cette année : Le Labyrinthe du Silence, un film d'un classicisme qu'on pourrait presque qualifier de ronronnant ou de pompeux. Mais, comme Victoria se servait de son incroyable parti-pris pour servir son histoire, Le Labyrinthe du Silence l'utilise aussi de la plus belle des manières. Pour raconter cette époque très méconnue de l'histoire allemande, cette grande amnésie collective de la Shoah, quelques années seulement après les faits, Giulio Ricciarelli préfère filmer l'intime plutôt que le spectaculaire, reste maître de son sujet et transforme son thriller labyrinthique en grand plaidoyer humaniste.

10. Maryland
Deuxième film de Alice Winocour dans mon top, après Mustang qu'elle a co-écrit. Je suis allé voir Maryland sans savoir de quoi ça parlait réellement. Juste sur la promesse du casting. Je m'attendais à un drame sur un vétéran d'Afghanistan, à un film auteurisant façon Fémis. Je me suis retrouvé, dans la salle, avec un Man On Fire en huit-clos. Encore une fois une preuve de la vitalité du cinéma français cette année 2015 qui, depuis pas mal d'années, avait arrêté de m'intéresser à force de produits formatés, toujours écrits et mis en scène pareil. Maryland est un film de genre qui comprend ses limites, qui assimile parfaitement ce qui fonctionne dans un film d'action "à l'américaine" en l'adaptant aux moyens du cinéma d'auteur "à la française".

Et dans le désordre, des films qui ont fini à la porte de ce top : Victoria de Sebastian Schipper, Hacker de Michael Mann, Inherent Vice de Paul Thomas Anderson, Tokyo Fiancée de Stefan Liberski, Mad Max Fury Road de George Miller, Love & Mercy de Bill Pohlad, Ricky & The Flash de Jonathan Demme.

03 janvier 2016

Bradley Cooper peut-il devenir une légende du cinéma américain?


Après Will Smith, Michael Douglas, Philip Seymour Hoffman ou Eddie Murphy, c'est au tour de Bradley Cooper de passer sur mon divan chez Slate.fr.

Vous pouvez lire l'article sur Slate.fr ici.

28 décembre 2015

150 chansons pop de 2015



Contrairement aux années précédentes, en 2015, mes traditionnelles chansons pop ne comptent aucune grosse tête d'affiche du game pop, les Katy Perry, Madonna, Lady Gaga et autres Rihanna. Les poids lourds laissent leur place à des pop-stars plus réelles, plus normales et aussi sûrement beaucoup plus intéressantes, les Marina & The Diamonds, Carly Rae Jepsen, Foxes, Clairity, Shura et autres Annie. Et puis cette année, Giorgio Moroder est sortie de sa retraite avec grand fracas sur le dancefloor ! Alors il lui faut de la place au papy disco.

Les liens renvoient vers le clip de la chanson. Et bien sûr, vous pouvez écouter la playlist complète sur Spotify.

Chvrches - Playing Dead
Chvrches - Keep You On My Side
Closure - Creatures
Elin Bell - Over And Out (Claes Rosen Remix)
Ellie Goulding - Something In The Way You Move
Ellie Goulding - Love Me Like You Do
Galantis - Runaway (U & I) (Svidden & Jarly Remix)
Giorgio Moroder & Kelis - Back And Forth
Grimes - Kill V. Maim
Ji Nilsson - Perfume
Lana Del Rey - Salvatore
Say Lou Lou - Glitter
Selena Gomez - Me & The Rythm
The Shoes & Petite Noir - Lost In London

02 décembre 2015

La comédie romantique est-elle en train de faire sa révolution?



J'ai ENCORE écrit sur la comédie romantique. Les obsessions tout ça...

Par ailleurs, avis aux producteurs qui seraient tentés par VRAIMENT renouveler le genre, j'ai trois scénarios dans les tiroirs pour le faire. Merci de votre attention.




25 novembre 2015

Le court métrage viral est-il le sésame pour Hollywood?



J'ai écrit sur les courts-métrages viraux qui permettent à certains réalisateurs de se faire remarquer par Hollywood. On y parle de science-fiction, de Tim Burton, de Wes Anderson, de Pixels et du Labyrinthe.


26 octobre 2015

Aloha, Mr Cameron Crowe


Moi, quand on me dit que Cameron Crowe, mon réalisateur préféré, l'auteur de mon film préféré, va ressusciter un de ses vieux projets en remplaçant Ben Stiller par Bradley Cooper et Reese Witherspoon par Emma Stone, tout en ajoutant à ce casting Rachel McAdams, John Krasinski, Danny McBride, Alec Baldwin et Bill Murray, je saute au plafond. Ca devient instantanément la meilleure nouvelle du jour, voire de la semaine, voire du mois. Peu importe que le pitch inclue dans une même et improbable phrase, les mots "comédie romantique", "Hawaii", "militaire" et "conquête spatiale".

Alors, quand les premiers échos du naufrage, de la calamité du film sont apparus (après le Sony Leaks), je n'ai pas voulu y croire. Après tout, son sixième film, Elizabethtown s'était déjà fait descendre un peu partout et reste un film mal-aimé par "la majorité". Moi, au contraire, c'est un de mes films préférés de Cameron Crowe, un de ses plus personnels et sincères - même si on peut lui reprocher certaines choses (en particulier la "Manic Pixie Dream Girl" peu subtile jouée par Kristen Dunst). We Bought A Zoo, aussi, avait eu son lot de critiques pas tendres. Des critiques que je pouvais comprendre mais auxquelles je ne me suis pas du tout identifié.

Cameron Crowe est un scénariste-réalisateur qui a connu les Oscars. Il a été, dans la deuxième partie des années 90, considéré comme un auteur américain qui compte, du calibre des James L. Brooks, Woody Allen, Mike Nichols, Hal Ashby ou Billy Wilder. Il a été un auteur capable de rendre prestigieuses et "oscarisables" des comédies et comédies romantiques.

Mais ça, c'était avant Elizabethtown. S'il était encore un auteur capable d'attirer des acteurs prestigieux (Matt Damon dira qu'il a accepté We Bought A Zoo, malgré l'étrangeté du concept et les moqueries de ses collègues acteur, uniquement pour Cameron Crowe), Aloha le place dans une situation assez similaire à celle de M.Night Shyamalan ou Francis For Coppola, des gens qui ont réalisé des grands films mais qui auraient atteint leur date de péremption.

Franchement, la période qui a suivi la sortie américaine, le déchaînement des critiques, les chiffres rachitiques du box-office, la polémique de "white-washing", ont été un crève-coeur.

Mais Aloha est enfin visible "légalement" en France (sur Netflix), après une sortie en salles annulée après la cata de la sortie américaine. Je pouvais enfin me faire une idée.

Le film serait-il le désastre annoncé par la critique américaine ? Me laisserais-je aveugler par mon amour comme je me laisse trop souvent aveuglé par les filles qui font battre mon coeur ? Faudrait-il que je me résous à mettre un peu d'eau dans mon vin pour tout ce qui concerne mon culte personnel à Cameron Crowe ? Ou faudrait-il carrément que je brûle mes DVD de Jerry Maguire, Say Anything, Almost Famous, Fast Times At Ridgemont High, Vanilla Sky et Elizabethtown ?

Ca faisait déjà longtemps que la "polémique" sur le personne d'Emma Stone m'énervait. Selon certains, l'actrice n'avait aucune légitimité à jouer un personnage "1/4 hawaiien". Si le "white-washing" est bel et bien réalité et une plaie qui ronge Hollywood, c'est impossible d'accuser Cameron Crowe sur ce point pour la simple et bonne raison "qu'être 1/4 d'une origine quelconque" n'implique absolument pas que ça se voit sur votre visage (par exemple, saviez-vous que Chad Michael Murray et Dean Cain sont 1/4 japonais, que Keanu Reeves et Ne-Yo sont 1/4 chinois, que Rob Schneider est 1/4 philippin et que Mark Paul Gossellaar est 1/4 indonésien ?). Du coup, aurait-il fallu trouver une actrice 1/4 hawaiienne pour le rôle de Allison Ng par ailleurs basé sur une jeune femme bien réelle, elle aussi rousse, elle aussi 1/4 hawaiienne ? Absurde.

Ca l'est d'autant plus que cette particularité (ne pas avoir de traits asiatiques) est une partie intégrante du personnage, elle qui ne cesse de parler de ses racines pour combler l'absence de repères physiques. C'est cette particularité qui rend le personnage si touchant, une héroïne si parfaitement "crowiennne", digne héritière de Diane Court (Ione Skye dans Say Anything), Janet Livermore (Bridget Fonda dans Singles), Penny Lane (Kate Hudson dans Almost Famous) et Dorothy Boyd (Renée Zellweger dans Jerry Maguire), à la fois si profondément indépendante et si intimement fragile.

J'aime Emma Stone depuis Superbad en 2007 et l'adore depuis House Bunny en 2008. Et elle n'a jamais été meilleure que dans Aloha. Jamais elle n'a été aussi subtile. Dommage que ce ne soit pas LE rôle que l'histoire retiendra d'elle.

Reste le film. Pas besoin d'avoir un doctorat en dramaturgie pour se rendre compte qu'il a un sérieux problème. Dans la première partie, c'est quasi-indétectable. Mais à un peu plus de la moitié du film, il y a comme un malaise. Les scènes s'enchaînent s'en qu'on comprenne ce qui s'y passe réellement, des sous-intrigues sont résolues sans qu'on ait vraiment compris où elles avaient commencé, d'autres ne le sont même pas du tout, des conflits éclatent sans qu'on sache vraiment pourquoi. Bref, c'est un beau bordel !

Il faut se rendre compte que Cameron Crowe n'est pas un scénariste lambda. La première fois qu'il a écrit un film, ce film est devenu le premier teen-movie de l'ère moderne, un film révolutionnaire qui en a influencé des centaines d'autres après lui, du Breakfast Club à American Pie. Dans ses toilettes ou sur sa cheminée prône par ailleurs l'Oscar du meilleur scénario pour Almost Famous et une nomination pour Jerry Maguire. Si une telle personne n'est pas capable de structurer correctement un scénario, qui l'est ?

Bref, Aloha respire le film massacré au montage, découpé à la machette, par un studio sans vergogne. Ce ne serait pas une nouveauté. Sergio Leone s'est vu couper 2h10 de sa version "idéale" de Il Etait Une Fois En Amérique. Terry Gilliam s'est vu amputer 48 minutes de son Brazil. Billy Bob Thornton s'est vu supprimé 2h04 de son ambitieuse adaptation du All The Pretty Horses de Cormac McCarthy. Michael Cimino a dû sacrifier 1h10 de ses Portes du Paradis.

Et ce n'a jamais été une surprise de constater que les versions du réalisateur (quand elles ont été rendu visibles) étaient toujours meilleures que celles charcutées par les studios.

Le fait de voir dans la bande-annonce d'Aloha des scènes qui ne sont pas dans le film permet de confirmer en partie cette théorie du charcutage. A savoir si la version "director's cut" sera un jour disponible, c'est la grande inconnue. Il a fallu presque 30 ans pour voir les versions de Il Etait Une Fois En Amérique et Les Portes du Paradis voulues par leurs auteurs. Quant à All The Pretty Horses, quinze ans plus tard, on a jamais vu le drame sombre et austère voulu par Thornton : il faut se contenter du mélo voulu par le studio. Quand un film est à ce point vilipendé lors de sa sortie, un studio n'a aucune raison, à court ou moyen terme, de sortir une version "director's cut". Aucune. Ce serait perdre la face, avouer son tort.

Je veux bien croire que le film, avant d'être charcuté, était thématiquement complexe. Après tout, on parle d'un militaire blessé en Afghanistan qui revient à Hawaii pour convaincre les indépendantistes de prêter leur terre afin de lancer un satellite de communication avec l'aide des militaires et qui finit par tomber amoureux d'une pilote de chasse tout en créant de la tension dans le couple de son ex-amour de jeunesse. Bref, Cameron Crowe ne fait pas dans la simplicité. Militarisme, capitalisme, idéalisme, recherche des racines, il y a beaucoup de choses dans Aloha.

Mais Cameron Crowe n'a jamais réellement fait dans la simplicité. Et ça s'est toujours ressenti dans la durée de ses films : Jerry Maguire faisait 2h19, Almost Famous 2h02 (et 2H42 dans sa version longue), Vanilla Sky 2h16, Elizabethtown 2h03 et même un film au concept aussi simple que We Bought A Zoo durait 2h04.

Cameron Crowe fait un cinéma de personnages. Et ça prend du temps de développer des personnages auxquels on peut s'identifier. Quel auteur aujourd'hui à Hollywood fait des films "adultes" centrés sur ses personnages de plus de 2h ? Plus personne. Car Hollywood n'aime plus ça (Sur le sujet, vous pouvez lire l'excellent essai du réalisateur Alex Ross Perry sur Cameron Crowe et le film). Et c'est ça qui a (probablement) gêné les boss de Sony/Columbia : hors biopic, ils ne savent plus vendre et appréhender un film d'auteur de plus de 2h sans scènes d'action, en particulier avec un pitch à priori aussi abstrait.

Aloha, lui, (dans sa version disponible sur Netflix) ne fait que 1h45. La durée la plus batarde possible. Une durée bien trop courte pour traiter correctement l'ensemble des thèmes et des personnages de Aloha.

Un traitement d'autant plus dommage que la scène finale du film, malgré toutes les coupes, est une des plus belles scènes de fin que j'ai jamais vu. Vraiment. Tout en silence, elle permet de rappeler que la communication ne passe pas forcément par les mots et le bruit et surtout de mettre en perspective cette scène (à priori) abscons (mais très "crowienne") du satellite s'auto-détruisant après avoir absorbé l'ensemble des sons du monde.

Aloha est un vrai crève-coeur mais ce n'est pas ça qui me fera mettre à la poubelle l'autel érigé dans mon salon en l'honneur de Cameron. Aloha, Mr Crowe.


06 octobre 2015

Y a-t-il de la place pour une pop-star «normale»?



Je n'écris pas que sur le cinéma. La preuve avec cet article sur la pop-music avec du Taylor Swift, du Kylie Minogue, du Madonna et surtout du Carly Rae Jepsen.

Vous pouvez le lire sur Slate.fr.