09 février 2015

Do It Like Jerry


"Récemment, le fils d’un client m’a demandé : 'Pourquoi vous levez-vous ?'. Je n'ai pas su lui répondre. A 14 ans, je savais y répondre. A 18 ans, je savais y répondre. A 35 ans, ça me rend malade de ne pas savoir y répondre. Je pouvais seulement regarder le visage de ce garçon de 12 ans, inquiet pour son père, ayant besoin de mon aide, attendant une réponse que je n’avais pas. Le regard de cet enfant fait désormais partie de moi. Et ce que j'ai ressenti et ressent aujourd'hui me poussent à aller de l’avant, à écrire cette profession de foi." - Jerry Maguire

Je l'ai assez répété sur ce blog pour qu'on me croit sans hésiter. J'adore Jerry Maguire. C'est mon film préféré, le film que j'ai le plus vu, le film dont je me lasse jamais, que je peux regarder encore et encore et encore. Et il y a une raison (principale) à cela : je m'identifie.

Je m'identifie à la façon dont Jerry décide, un jour, de jouer contre les règles, de ne pas se satisfaire d'une vie pépère et rémunératrice mais aussi pas vraiment conforme à l'idée qu'il se faisait, petit garçon, de ce qu'on pourrait appeler une vie "intègre". Je m'identifie à la façon dont Jerry décide, un jour, de mener une vie qui le rendrait fier, une vie qu'il pourrait raconter (éventuellement) à ses petits enfants.

Jerry Maguire est un film qui aime l'idée que l'on peut changer et devenir quelqu'un de meilleur chaque jour qui passe. Un film qui aime l'idée de l'honnêteté, de la confiance et de la franchise. Je m'identifie à ça.

Et depuis que j'ai vu Jerry Maguire pour la première fois en 1997 - l'année où j'ai passé mon Bac, je suis (à peu près) conscient d'une chose : devenir Jerry Maguire implique de se prendre en main ou, comme on pourrait le lire dans un livre de développement personnel, de devenir le maître de son destin.

 
 

Il y a un an et demi, j'ai traversé une période un peu "houleuse" - petit mot valise pour parler de ces moments où tout semble aller mal, ces périodes où vous sentez que l'univers vous en veut. Ces moments qui vous font entrer dans l'âge adulte : quand la guerre ne peut plus faire son travail, la crise économique se charge de le faire pour elle. Bonne copine.

Que s'est-il passé ? J'ai du quitter l'appartement que j'occupais depuis mon arrivée à Paris il y a 12 ans. Rien de vraiment grave, quand on y pense, sauf que... Sauf qu'il se trouve qu'à cette même époque, la boîte qui m'employait depuis 7 ans était en train de faire faillite. Sauf qu'à cette même époque, cette boîte a arrêté de me verser mon salaire. Et juste pour couronner le tout, le petit truc fondamentalement pas trop grave qui, dans ces circonstances, prend des proportions dramatiques : mon ordinateur, le prolongement de mes mains, a rendu l'âme. Mort. Kaput. Dead.

La lose intégrale. Et franchement, mon niveau de confiance en moi, déjà pas très élevé, est descendu en dessous de zéro.



J'avais envie de tout envoyer chier, de péter les plombs dans l'open-space comme Jerry. J'avais l'impression de me faire avoir par la vie. Je n'avais aucune prise sur rien, obligé de me laisser porter par le flot, obligé d'attendre. Quand vous n'avez plus aucune prise sur votre vie, vous avez l'impression de tout perdre - même si, dans la réalité crue, ce n'est pas la cas.

Mais ces moments sont aussi ceux qui permettent de se remettre en cause, d'évoluer et, comme je l'ai dit plus haut, de devenir adulte. J'avais beau avoir 34 ans, je ne me sentais pas très différent de celui que j'étais à 26 ans. Alors c'était le moment de se poser la question : qu'est-ce que j'avais envie de faire de ma putain de vie ? Franchement. Honnêtement. Sans chichi. Sans fausses excuses. Comme Jerry devant sa profession de foi.

"Après 35 ans, je sens que je n’ai jamais fait cette chose, cette chose noble qui définit une vie. Même écrire cette profession de foi est bizarre pour moi. Je suis habitué à voler en dessous des radars, à apprécier ma vie et mes amis. Mais, je n’ai jamais été vraiment testé. Je n’ai pas été en Inde pour explorer ma vie, comme l’a fait mon frère. Je n’ai pas eu d’accident de voiture majeur ou je n’ai pas eu d’enfants. Je n’ai ni créé une vie, ni tué personne. Je suis neutre. Je n’ai pas commencé une guerre et je n’ai pas arrêté une guerre. Même avec ma vie, j’ai rompu. J’ai une belle maison, une belle voiture, une fiancée qui fait battre mon coeur. Mais, je n’ai pas franchi le pas ou pris de risque qui donnerait de la valeur à l’air que j’ai respiré pendant 35 ans. J’ai eu un canapé jaune, une fois. Je m’en suis débarrassé parce qu’il était neutre. Maintenant ma vie est comme ce canapé jaune." - Jerry Maguire.

Aidé et convaincu par mon propre Dicky Fox, j'en suis arrivé à la conclusion suivante : je devais arrêter d'être salarié. Je l'avais fait pendant presque dix ans. Il était temps de faire ce truc qui me trottait dans la tête depuis, à peu près, la fin de mes études : devenir le chef de moi-même, être indépendant... Bref, créer une société. Comme Jerry.

Mais une envie ne suffit pas. Il faut aller contre tous ces trucs qui sont implantés en vous. Car je suis le fruit de la classe moyenne, celle qui croit qu'un emploi salarié stable en CDI est la clé du bonheur. Imaginez : mon père a fait l'essentiel de sa carrière chez IBM, le saint-patron du corporatisme 80's. Regardez Halt & Catch Fire pour comprendre. Quant à ma mère, c'était plus ou moins la même chose, secrétaire de Mad Men version brushing 80's.

Grandir dans cet état d'esprit n'était pas nécessairement le meilleur environnement pour décider de sortir du saint-salariat. C'était ma plus grand peur. Ne pas oser. Ne jamais oser. Me gargariser de l'idée "séduisante" pendant quelques mois mais ne jamais franchir le pas.

Restait à savoir quoi faire. J'avais deux pistes. Une truc très compliqué. Et un truc beaucoup moins compliqué qui me permettait de me lancer (plus) rapidement dans le bain. J'ai réfléchi aux deux options pendant quelques mois, fait des business plan et j'ai opté... pour la simple. Même si, avouons-le, dans le domaine, rien n'est jamais simple.

Cette idée simple, elle a muri. Cette idée simple, je l'ai travaillé, pensé, retravaillé et encore repensé. Et puis très vite, mon propre Rod Tidwell est arrivé. Tout est devenu beaucoup plus clair. Tout est devenu plus "sûr" - et beaucoup moins compliqué.

Je pouvais sauter.


Et il y a 6 mois, c'est ce que j'ai fait. J'ai cherché une banque. On a travaillé, avec Tim, sur un logo, des cartes de visite, un site web. J'ai rempli des papiers, beaucoup de papiers. J'ai pris un expert-comptable. J'ai fait une visite aux impôts. J'ai pris un avocat. J'ai envoyé des déclarations de TVA. J'ai payé des cotisations sociales. Et, ouf, j'ai envoyé mes premières factures.

Il y a 6 mois, j'ai donc créé un bébé, mon bébé, une deuxième entité qui n'appartient qu'à moi et qu'il m'appartient de faire grandir. Ces cinq dernières années, mon fil Facebook s'est rempli de bambins aux joues roses. Moi, mon bambin, il n'a pas de joues roses et des petits pieds potelés. Le mien, il a un siège social, un compte en banque, un logo rond et bleu et il se prénomme So Fetch en hommage à Tina Fey, Lindsay Lohan, Rachel McAdams et Lacey Chabert. Bref, en hommage, à Mean Girls.


Désormais, le but de mes journées est de faire en sorte que "fetch happen". Car Regina n'avait rien compris. La preuve : elle a fini sous un bus. Le but de So Fetch, mon bébé donc, c'est de proposer aux marques, quelle qu'elles soient, du contenu (du "Brand Content") pour les rendre fetch sur Facebook, Twitter, Tumblr, Instagram, Pinterest, YouTube, Spotify et tous les autres.

Et ceux qui me suivent sur Twitter en voient la manifestation concrète tous les jours avec mes retweets vers le site Followatch, "mon Rod Tidwell", mon premier client, celui qui me fait confiance et à qui, je l'espère, je le rends bien, en alimentant quotidiennement le site, l'application et les différents médias sociaux.

(J'en profite d'ailleurs pour remercier hyper chaleureusement les followers de Fun, Culture & Pop qui ont commencé à suivre le compte Followatch et qui le retweetent régulièrement. Les autres, vous pouvez commencer à suivre Followatch sur Twitter, sur Facebook, sur Google+ et/ou Tumblr et à télécharger l'application iPhone/iPad, tout simplement parce que c'est hyper fetch !)

Voilà. Maintenant, je fais des trucs d'adulte. Les trucs les plus adultes que j'avais jamais fait. De toute ma vie.

La (première et) dernière fois que j'avais eu l'impression d'être aussi adulte, j'avais 27 ans, je venais de trouver mon premier CDI et j'avais claquer une bonne grosse centaine d'euros dans de la vaisselle et des verres dit "d'adultes" (comprendre des verres à vin) pour accueillir chez moi des gens qui n'avaient plus l'habitude depuis pas mal d'années de boire dans des gobelets en plastiques.

Bref, il m'avait fallu près d'une décennie pour passer des trucs d'adulte qu'on se raconte dans sa tête aux trucs d'adulte qui comptent vraiment.

N'empêche. Si l'on admet que j'ai franchi une étape importante de ma vie, il ne faudrait pas tomber dans l'effet inverse. Je crois que c'est ça le plus flippant dans le fait de devenir adulte : devenir cynique, froid, bouffé par une ambition incompatible avec ce qui me semble le plus important dans la vie.


Parce que j'en ai vu et côtoyé de tels "adultes", des gens qui ont oublié (volontairement ou non) les rêves qu'ils avaient dans la tête à 8 ans, à 14 ans, à 20 ou même à 25 ans. C'est pourquoi je vais suivre le conseil de Dicky Fox.

Car, désormais, c'est moi qui fixe le règles. C'est moi qui décide de choisir "le plus juste" plutôt que "le plus rémunérateur", de proposer et faire uniquement des choses auxquelles je crois à 100%, d'appliquer des tarifs honnêtes, de dire la vérité plutôt qu'un baratin pseudo-commercial; c'est moi qui décide d'avoir une relation pleine et placée sous le signe de la confiance avec mes clients; c'est moi qui décide de favoriser une vision sur le long plutôt que sur le court terme; c'est moi qui décide d'être disponible, pragmatique et ouvert. Comme Jerry.

Je ne veux pas que "des pseudo-réalités économiques" soient synonymes de compromission, que ma vie "professionnelle" repose sur des valeurs qui ne soient pas celles de ma vie "personnelle", celles que je m'efforce d'appliquer chaque jour qui passe, avec mes amis et ma famille.

Je décide de faire tout ça parce que je crois que c'est la seule et unique vraie façon de faire "du business". Pas forcément la façon qui me rendra riche dans les trois à cinq ans, mais la façon qui me rendra riche, à l'intérieur, dans vingt, trente ou quarante ans. Ainsi, peut-être, je trouverais ma Dorothy.

Alors, voilà, considérez ce post comme ma profession de foi.

Et maintenant...



P.S. : Vous pouvez "liker" la page Facebook So Fetch ici et m'envoyer des e-mails ici si jamais vous pensez connaître quelqu'un qui pourrait être intéressé par les services de So Fetch.

13 janvier 2015

Mes films préférés de 2014

J'aurais vu 160 films au cinéma cette année. Une moyenne à peu près stable par rapport à l'année dernière. Alors, comme c'est la tradition depuis 2006 sur ce blog (et depuis 2001 dans ma tête), voici mes 10 films préférés cette année. Il y a quelques films que vous retrouverez dans à peu près tous les autres tops et d'autres que vous ne trouverez sûrement qu'ici. Car c'est ça la beauté des (vrais) Top 10 ciné, leur subjectivité absolue. C'est ce qui me plaît dans l'exercice - chez moi et surtout chez les autres : voir ce qu'il y a dans la tête des gens grâce à leur goût ciné. Avec ces dix films, vous avez donc une bonne idée de ce qui s'est passé dans ma tête cette année.


1. Boyhood
Quand j'ai entendu parler pour la première du projet de Richard Linkalter de tourner un film pendant 12 ans pour capter l'enfance et l'adolescence d'un garçon comme les autres, j'avoue avoir eu des frissons. Simplement parce qu'il réalisait une sorte de fantasme. Sans le savoir, je rêvais de voir ce film. Déjà pour le thème : vous savez, si vous regardez mes tops ciné depuis 2006, que j'adore les films sur l'enfance et l'adolescence. Ensuite, pour le concept même. Comment ne pas être émoustillé, malgré l'inquiétude, par une folie pareille ? Enfin, parce que, personnellement, en tant que fier membre de la Génération X, Richard Linklater représente quelque chose de très fort pour moi. Et toutes ces choses que j'avais imaginé dans ma tête se sont déroulées sur l'écran de cinéma : la sensibilité naturaliste, la mélancolie, la musique pop qui défile comme les années passent, la sensation vertigineuse de voir grandir (et vieillir) des acteurs magnifiques et bouleversants (mention spéciale à Patricia Arquette) à mesure que les minutes passent, le grand frisson de reconnaître à l'écran toutes ces émotions un jour ressenties dans sa propre enfance/adolescence. Boyhood est à la fois intime et épique, humble mais ambitieux. Cette "brève histoire du temps" est surtout profondément universel.


2. Mommy
J'ai toujours eu une grande admiration pour le cinéma de Xavier Dolan, un cinéma moderne, pop, ancré dans son époque, qui arrive à rendre ses histoires fascinantes tout en se détachant d'un certain nombre de conventions narratives et d'académisme. Mais, restaient, au fil des films, beaucoup de chichis, des effets tape-à-l'oeil qui n'avaient d'autres utilités que le plaisir, évident, de son réalisateur à les filmer. Des chichis qui culmineraient avec Laurence Anyways (et ses 2h48!!). Mais je continuais à penser que c'était des erreurs de jeunesse. Si j'avais réalisé un film à 22-23 ans, j'aurais, sans aucun doute, fait la même chose. Puis vint Mommy. La claque. Le grand-huit émotionnel, tantôt glaçant, tantôt lumineux, tantôt bouleversant, mais toujours lyrique et flamboyant. Le film de Xavier Dolan que j'avais toujours attendu. Un film d'excès où même les choix, sur le papier, les plus casse-gueule (le format 1:1 notamment), fonctionnent et arrivent, pour une fois, à se justifier. Une grande tornade pop et tragique.


3. La Cour de Babel
On aime se dire en France que notre pays est pourri jusqu'à la moelle, qu'il n'y a rien à sauver, que le chaos est à la porte et qu'il a déjà un pieds à l'intérieur : le cinéma est pourri; la politique est pourrie; les entreprises sont pourries; l'éducation est pourrie; le modèle d'intégration est pourrie. Et pourtant. Le sont-ils tant que ça ? Quand on sort du documentaire de Julie Bertuccelli, on en est pas si sûr. Car à travers ce huit-clos d'une classe d'élèves venus du monde entier (dont certains ont connus l'horreur), là pour apprendre les rudiments de la langue de Molière, il y a toute la France, sa plus grande richesse, tout ce pourquoi les Français devraient aimer, plus que tout, leur pays, et en être fier : les sourires, les larmes, les rires d'enfants venus d'ailleurs qui trouvent dans l'école publique républicaine et laïque un refuge, un petit espace où ils peuvent être enfin eux-mêmes. Humain et profondément bouleversant.



4. God Help The Girl
Parfois le cinéma, pour moi, c'est pas très compliqué. De beaux jeunes gens aux joues roses, des belles robes colorées et des jolies chansons pop qui vous font taper du pieds et frissonner le coeur. Tout ça, c'est ce qu'il y a dans le premier film de Stuart Murdoch, la tête pensant du groupe Belle & Sebastian qui enchante le paysage pop depuis près de 20 ans. Et j'aurais presque pu m'en contenter. Mais il n'y a pas que ça et c'est la raison principale de la présence de God Help The Girl dans ce top. God Help The Girl est aussi, et surtout, un beau portrait, souvent grave, de la post-adolescence, d'un passage à l'âge adulte qui connaît quelques accrocs. Derrière la comédie musicale délicate et enjouée, derrière la fantaisie, il y a la mélancolie, presque brutale, et ce besoin vital de l'expression artistique.


5. We Are The Best
Voilà un film, si j'avais eu des enfants, que j'aurais aimé leur montrer. Dans le parcours de ces jeunes filles fans de punk au début des années 80, il y a en effet toute l'enfance (et la pré-adolescence), ce besoin de faire du bruit, de trouver des repères, un groupe et de s'exprimer. Encore et toujours s'exprimer. Dire qui on est. We Are The Best est un des meilleurs films jamais réalisé sur le besoin presque viscéral de s'exprimer artistiquement, dire qu'on est vivant en hurlant au monde ses joies et ses problèmes. Car Lukas Moodysson le fait toujours à hauteur d'enfants. Il ne filme pas les petites peines, les petits chagrins, les petits bonheurs, les petites trahisons et les petites réussites comme le ferait un adulte, avec un regard mi-amusé, mi-inquiet. Il les filme comme s'ils étaient les plus grands évènements du monde, avec l'énergie foutraque du désespoir, exactement comme ils sont ressenties par ces trois filles.


6. All About Albert
Nicole Holofcener a quelque chose pour observer les êtres humains et, en particulier, leurs petits défauts, leur jalousie, leur besoin de reconnaissance, leur insensé besoin d'être (ou d'avoir l'air de) ce qu'ils ne sont pas et toutes ces petites insécurités qui nous pourrissent la vie (et celle des autres) au quotidien. C'était déjà le cas de ces deux précédents films, Lovely & Amazing et Friends With Money. Mais avec All About Albert, la réalisatrice trouve le ton parfait et surtout l'actrice parfaite. Avec l'incroyable Julia Louis-Dreyfus, aussi drôle que mélancolique, elle parvient à parler de tous ces travers avec lucidité et humour, sans jamais juger ou porter un regard désapprobateur sur des personnages pourtant pas avares en vacheries.


7. States of Grace
Kate, le personnage incarné par Brie Larson dans la série United States of Tara, est un de mes personnages préférés de série récente. Derrière le visage poupon de l'actrice, il y avait la fraîcheur de l'adolescence mais surtout la maturité, celle imposée par la vie. Et, même dans les plus courtes de ses apparitions ces dernières années au cinéma, c'est ce que j'ai retrouvé : une fragilité, une douleur, une maturité, une grande force de caractère. Et States Of Grace est tout dédié à ça. Le premier film de Destin Cretton trouve sa lumière, sa grâce, sa délicatesse, son humanité dans le regard de Brie Larson. Résultat : States of Grace prend aux tripes et réussit le pari fou et magnifique de rendre heureux avec le sujet le plus dur qui soit.


8. Obvious Child
Je suis le premier à railler le manque d'originalité de la comédie romantique des années 2000-2010, en particulier celle venant d'Hollywood, incapable de se sortir de ses scénarios toujours identiques, incapables de comprendre les mécanismes de l'amour au 21e siècle. J'ai parlé du sujet là (si ça vous intéresse). C'est le cinéma indépendant qui désormais a pris le relais. Avec des films comme The Baxter (2005), Safety Not Guaranteed (2012), Celeste & Jesse Forever (2012) ou même 500 Jours Ensemble (2009), le ciné indé a tenté de renouveler un genre, en le teintant d'amertume ou en le déstructurant. Mais, jusqu'ici, aucune comédie romantique n'avait à ce point renouvelé un genre tout en conservant l'héritage des maîtres Lubitsch/Wilder/Hawks, comme l'a fait Obvious Child. Dans le film de Gillian Robespierre, tout semble nouveau, frais, moderne, sans pour autant l'être vraiment. Est-ce du à l'intelligence du propos féministe, à la vivacité de Jenny Slate, à l'originalité des situations ? Sûrement un peu de tout ça en même temps.


9. A Most Violent Year
JC Chandor a une façon très particulière de parler du monde. Sans faire de vague. Juste avec une mise en scène discrète et des mots qui résonnent. C'était déjà le cas dans l'excellent, et pourtant très austaire, Margin Call. Avec A Most Violent Year, il descend les étages des tours de Manhattan pour transposer son propos dans le New York du bas, celui qui veut monter, gravir les étages. Mais en haut comme en bas, le problème est le même. Comment ajuster son ambition, son "rêve américain" à sa morale ? Comment rester intègre dans un monde qui ne l'est plus depuis longtemps, si il l'a jamais été ? Je ne vous cacherais pas que c'est un thème qui m'obsède depuis longtemps. C'était déjà le thème central de Jerry Maguire, mon film préféré. Alors, A Most Violent Year, porté par un Oscar Isaac magistral, une Jessica Chastain glaciale et une reconstitution précise et somptueuse du New York de 1981, résonne beaucoup en moi.


10. The Disappearance of Eleonor Rigby
Le film est passé directement par la case Netflix cette année mais j'ai pu voir le film à la reprise à Paris de la section cannoise Un Certain Regard. Devant normalement se voir en deux fois, les versions "Her" ou "Him", qui traitent de la même histoire selon les points de vue de Jessica Chastain et de James McAvoy, je n'ai vu que la version "Them" qui agrège les deux films. J'ai peut-être perdu au change. Mais je garde tout de même en mémoire un film lyrique, une histoire d'amour à la fois troublante et réelle portée par deux acteurs sublimes. Certaines scènes, la toute dernière en particulier, n'arrivent toujours pas à me quitter. Tout comme le "So In Love" de OMD, bande son d'une scène époustouflante de romantisme.



05 janvier 2015

Mes albums préférés de 2014

On poursuit la rétro 2014 avec mes 10 albums préférés. Je suis pas sûr d'avoir jamais fait un top aussi varié en genre. Tant mieux. Les avantages de vieillir. J'espère que vous aimerez et que, peut-être, vous découvrirez de nouvelles choses à écouter dans les prochains mois.



1. Haerts
J'avais été complètement envouté, dès la première écoute du premier EP, par la pop élégante de Haerts. J'attendais l'album avec une impatience énorme et j'ai vraiment pas été déçu. Porté par une voix qui rappelle Stevie Nicks, un sens des mélodies qui ramène à des groupes comme les Bangles et des arrangements d'une mélancolie "à la Cocteau Twins", le premier album de Haerts arrive à me plonger dans une certaine nostalgie de la fin 80's/début 90's, époque où je découvrais vraiment ce que c'était la pop-music. A croire que je ne m'en suis jamais vraiment remis.  [Ecouter sur Spotify]


2. Max Richter - The Leftovers
Quand vous arrivez au bout de la première saison de la série The Leftovers, vous êtes soudain submerger par la tristesse. Est-ce du aux personnages, aux situations ? Oui. Très certainement. Mais c'est la musique de Max Richter qui fait le lien. Et c'est vite confirmé quand vous l'écoutez sans les images. Depuis Twin Peaks ou Lost, rarement musique de série télé aura été aussi belle, intense et surtout aussi triste. Ecouter le titre "Doba Nobis Pacem 1", c'est comme se prendre l'ensemble de la tristesse du monde sur les épaules. [Ecouter sur Spotify]


3. Röyksopp & Robyn - Do It Again
L'annonce-suprise au début de l'année d'une collaboration entre Röyksopp & Robyn a fait mouiller tous les fans de scandipop de la planète. Car la réunion du duo norvégien et de la chanteuse suédoise avait déjà fait des miracles il y a cinq ans sur, à mon avis, le meilleur titre de pop-music des années 2000, The Girl & The Robot. Et ils n'ont pas déçu. Entre dance frénétique et puissante mélancolie, les trois scandinaves ont donc remis ça avec ce EP tantôt sensible ("Every Little Thing") tantôt brutal ("Sayit") mais toujours hanté par une émotion toute électronique - le tout accompagné de clips sombres et désenchantés et de prestations scéniques toujours très impressionnantes. Ce disque, c'est la quintessence de la pop-music car il est fait pour ceux qui aiment pleurer sur le dancefloor. [Ecouter sur Spotify]


4. Lykke Li - I Never Learn
Avec un son moins électro, moins foutraque, la suédoise Lykke Li s'est, à mon avis, vraiment trouvé cette année avec l'album "I Never Learn". C'est comme si sa voix grave et hantée avait véritablement trouvé le son qui lui sciait le mieux, des sons amples, larges qui peuvent rappeler Phil Spector. Fini la synth-pop un peu évanescente des débuts. Bienvenue aux grandes mélodies envoutantes de ballades qui vous transpercent le coeur dès la première note, à l'image du sublime "Never Gonna Love Again". Sombre, lumineux, ample, c'est comme si la scandipop rencontrait le rock progressif californien. Magique. [Ecouter sur Spotify]


5. Electric Youth - Innerworld
Il en aura fallu du temps. Trois ans entre le moment où le monde a découvert la chanson "A Real Hero" dans le film Drive et la sortie de l'album de ce duo canadien. Ils se connaissent et forment un couple depuis l'école primaire et, ensemble, font la plus élégante et mélodique synth-pop depuis les grands moments de Yazoo et Ultravox. Electric Youth a beau avoir grandi les pieds dans la neige de l'hiver canadien, ils font une musique qui donnent envie de remonter une avenue californienne dans un cabriolet réfléchissant des néons fluos sur son pare-brise. Délicatement nostalgique et discrètement moderne. [Ecouter sur Spotify]


6. Hello Saferide - The Fox, The Hunter & Hello Saferide
La Suède est connu pour ses mélodies pop et ses synthés mélancoliques, ceux de Robyn, de Kleerup ou The Sound of Arrows. Mais la Suède, c'est aussi des chanteuses un peu douce-amères capables de poser leurs entêtantes mélodies sur une autre chose. Mia Hirasawa (que j'ai sur-écoutés en 2007), par exemple, est de celles-là. Et sur le même label, Razzia Records, il y a aussi Hello Saferide qui inonde la Scandinavie de sa twee-pop depuis 2005. Cette année, elle sort (un peu) de son carcan pour un album un peu barré, plus éléctronique et bourré de ces mélodies entêtantes et un peu mélancoliques propres aux artistes suédois. A l'image des chansons "I Forgot About Songs", "I Was Jesus" ou "Berlin". [Ecouter sur Spotify]


7. Tony Braxton & Babyface - Love, Marriage & Divorce
Est-ce de la nostalgie ? Peut-être. Dans les années 90, j'ai écouté et écouté et écouté Babyface et Toni Braxton. Ensemble, ils ont été à l'origine de quelques unes des plus grandes chansons R&B de la décennie. Des chansons comme "You're makin me high" ou "Breathe Again". Mais cette époque est loin. Ils sont devenus tous les deux un peu ringards à force d'une incapacité à se renouveler. Mais cette année, ils sont revenus, avec un album concept, sur l'amour, le mariage et le divorce. Pas super original mais la magie est là. Elle opère. Les voix n'ont pas changé. Les mélodies sont d'une efficacité redoutable. La production est sirupeuse. Pas du tout dans l'ère du temps mais redoutable pour quiconque a déjà pleuré en écoutant une chanson de l'un des deux. Et vous l'avez compris : je suis de ceux-là. [Ecouter sur Spotify]


8. The Jezabels - The Brink
Déjà fortement amateur de la power pop des australiens de Jezabels depuis leur premiers EP en 2009 (Merci Vanessa!), il m'a pourtant fallu attendre ce deuxième album pour complètement rentrer dans leur univers. A l'heure où le genre "groupe à guitare qui fait des mélodies à se damner" (les Coldplay ou Snow Patrol, vous voyez) a plus ou moins disparu, il est ultra rafraîchissant de trouver un groupe qui n'a pas honte d'affirmer ses mélodies qui font du bien là où ça fait mal à base de grosses montées en puissance et de guitare. D'autant que The Jezabels, notamment grâce à la voix de sa chanteuse, parvient à apporter une bonne grosse dose de modernité à ce genre moribond. Jamais ça sonne comme du milles fois entendus. Et il suffit d'écouter "The Brink", le premier titre de l'album pour s'en convaincre. D'une efficacité redoutable - chaque écoute devenant plus intense que la précédente. [Ecouter sur Spotify]


9. Kyla La Grange - Cut Your Teeth
Est-ce qu'il faut s'appeler Lady Gaga, Katie Perry ou Ellie Goulding pour être considéré comme une pop-star ? Le monde est plein de pop-stars. Juste que le monde ne les connaît pas forcément. A l'image de l'anglaise Kyla La Grange. Après un premier album en 2012 un peu fourre-tout, voici qu'elle est revenue cette année avec un album entièrement produit par Jakwob. Avec un son minimaliste qui ne ressemble à rien que vous connaissiez, des mélodies qui restent scotchés dans le cerveau et la douce voix de Kyla, "Cut Your Teeth" est un album pop phénoménal, frais, moderne et innovant. Malheureusement il est passé complètement inaperçu. Des chansons comme "Cut Your Teeth" ou "The Knife" sont pourtant parmi les meilleurs titres de l'année. [Ecouter sur Spotify]


10. Vince Stapes - Hell Can Wait
Je ne me retrouve pas dans le rap d'aujourd'hui. C'est la musique de mon adolescence et de ma jeune vie d'adulte. Mais à mesure que les années passent, je sens que le hip-hop s'éloigne de moi. Je ne retrouve pas l'intelligence des mots et des propos, les sons innovants qui m'avaient faits tomber amoureux de cette musique au tout début des années 90. J'ai l'impression que les égos, la bêtise et la vulgarité ont tué, à petit feu, une musique pourtant si belle. Et puis, de temps en temps, je tombe sur un artiste qui me redonne foi. Cette année, ce fut Vince Staples, un rappeur de Long Beach en Californie. Son EP Hell Can Wait est en effet un petit bijou de flow, d'innovations sonores et de lyrics intelligentes et pertinentes. Un talent brut qui, j'espère, ne sera pas dissout dans le grand bain du rap business. [Ecouter sur Spotify]


Et pour compléter ce Top 10, voici dans le désordre, six albums supplémentaires que j'ai aussi beaucoup écouté en 2014 : la pop-rock garage de Alvvays, la chanson pop française de Christine & The Queens, le rap-pop de Angel Haze (à favoriser à la fade et sans talent Iggy Azeala), la pop catchy de RACla house 90's de Kieza et les ballades enflammées de Sia.

26 décembre 2014

150 chansons pop de 2014


Comme c'est la tradition depuis 2009, j'ai fait une playlist best-of de mes 150 chansons pop préférées de 2014. C'est assez varié : ça inclut des gros tubes que vous connaissez par coeur, d'autres pas du tout, ça inclut de la grosse pop FM, des trucs beaucoup plus intimistes, des trucs en français, des trucs en anglais, des jeunes starlettes et des survivants des 90's et, comme toujours, beaucoup de scandipop.


Clean Bandit - Rather Be (The Magician Remix)
Ella Henderson - Ghost (Oliver Nelson Remix)
Julie Bergan - Younger (Oliver Nelson Remix)
Lorde - Flicker (Kanye West Rework)
Prince & Zooey Deschanel - FALLINLOVE2NITE
Zendaya - Replay (Monsieur Adi Remix)


28 novembre 2014

Le nouvel âge d'or des teen movies



J'ai écrit un nouvel article pour Slate sur un thème qui me tient très à coeur : les teen-movies (et en particulier la nouvelle vague de teen-movies dit "réalistes")

Vous pouvez le lire ici.

16 octobre 2014

Country Music



Ces derniers mois, je nourris une passion de plus en plus vivace pour la country music. Moi qui n'ait écouté pratiquement que du rap à l'adolescence, j'ai l'impression que l'âge me fait devenir plus blanc que jamais.

Il y a eu deux déclencheurs à ce récent engouement, je crois. Le premier : la série Nashville. Le deuxième : la BO du premier Hunger Games.

Quand j'allais passé mes étés aux Etats-Unis dans les années 90, je trouvais ridicule tous ces jeunes ados qui n'écoutaient que ça. J'avais l'impression qu'ils étaient vieux avant l'âge, qu'on pouvait décemment pas avoir 16 ans et écouter la même musique que ces parents. Aucun respect pour leur adolescence ! C'était un affront à John Hughes.

C'est pourquoi la country avait, jusque là, éveillé en moi que mépris. Mais j'ai 35 ans maintenant. Je suis un adulte. Et, désormais, j'aime la country. Ca me semble moins honteux.

Reste toutefois que j'aime seulement un certain type de country. La country de stade, celle qui truste les ventes aux Etats-Unis, j'arrive pas. Les mecs qui portent le stetson comme une marque de street-cred, je trouve ça toujours aussi ridicule - tout comme leur musique. Les Tim McGraw, Keith Urban, Kenny Chesney ou Blake Shelton, je peux pas. Idem pour les filles comme pour, par exemple, les premiers albums de Taylor Swift ou ceux de Carrie Underwood.

Bref, si vous regardez Nashville, je suis pas trop Rayna James, Juliette Barnes, Luke Wheeler ou Will Lexington. Par contre, Scarlett O'Connor et Gunnar Scott, ça c'est la country que j'adore. Une country peut-être un peu plus folk, plus tendre, plus intimiste, plus "alternative", sûrement une country aussi plus "old school", plus classique, plus proche des sons originaux avant que la pop-music et le rock viennent tout saloper.

Alors, comme je n'y connaissais rien mais alors rien du tout, je suis parti à la recherche d'artistes des années 2000 qui correspondraient à ce son que j'adorais en regardant Scarlett et Gunnar dans Nashville. En partant des artistes que je connaissais et adorais déjà (Brandy Clark, First Aid Kit, Caitlin Clark), j'ai utilisé Spotify et son moteur de recommandation et j'ai commencé à construire, depuis tout pile un an, une playlist qui commence à tenir la route.

C'est pourquoi je la partage désormais avec vous. Il y a pour l'instant une quarantaine de chansons. Mais j'en rajoute régulièrement. Alors, pensez à vous y abonner si vous adorez, comme moi, ce genre de son ou si vous voulez simplement découvrir des artistes dont vraiment personne ne parle en France.

(Et si vous connaissez des artistes qui auraient, selon vous, leur place dans cette playlist, n'hésitez pas à les signaler dans les commentaires)

Ca s'écoute derrière ce lien.


10 octobre 2014

L'objectification des acteurs d’Hollywood



J'ai écrit un nouvel article pour Slate, cette fois sur l'objectification des corps masculins à Hollywood. C'est à lire ici.