09 avril 2013

6 comédies romantiques récentes qui ne sont pas 'Quand Harry rencontre Sally'


La comédie romantique est "à la mode" en France. Le genre a toujours eu mauvaise presse mais depuis L'Arnaqueur, tout le monde veut en faire. Ca peut rapporter gros, vous voyez... Et ils veulent tous les faire "à l'américaine". Normal. Ils ont inventé le genre (et ses codes). Alors dans les interviews de nos scénaristes/réalisateurs maison, on peut lire des choses comme "on a voulu rendre hommage aux comédies romantiques de Nora Ephron, comme Nuits Blanches à Seattle ou Quand Harry Rencontre Sally mais avec un peu une dose de modernité 'à la Apatow'". On peut également lire régulièrement des trucs comme "on s'est inspiré des comédies romantiques des années 30 et 50 pour le côté glamour". Parfois, ces gens, j'ai envie de les croire. Sincèrement. La bande-annonce donne cette sensation "d'hommages réussis". Je vais donc voir les films... Et là, j'ai juste envie de vomir.

Est-ce que ces gens comprennent vraiment ce qu'ils font ? Ont-ils réellement vus ces films ? Ont-ils ressenti quelque chose en les voyant ? Leur coeur s'est-il un minimum mis à battre ? Parce qu'en voyant leurs films, on a juste l'impression que le truc à l'écran a été écrit par un robot programmé pour balancer tous les poncifs, les personnages stéréotypés et autres situations vues et revues depuis des décennies dans des "produits" hollywoodiens eux-mêmes souvent écrit par la version Premium (plus chère) de ce robot. Ces gens ont-ils compris que la comédie romantique n'est pas juste ce genre commercial pour midinettes dans lequel il suffit de montrer une histoire d'amour sur le ton de l'humour ? Visiblement non.

Pourquoi ne veut-on pas comprendre, en France, que la comédie romantique n'est pas une "formule" ? Faut-il vraiment brûler tous les exemplaires de STORY de Robert McKee, probablement l'inspiration principale pour Le Livre des Morts de Evil Dead, ce livre capable de libérer tous les démons de l'univers en le lisant ? Oui, ce livre, c'est le diable, l'antechrist, le pire ennemi de tout scénariste avec un minimum de dignité et d'éthique.

Il est donc important de rappeler que la comédie romantique, pour être réussie, doit faire plusieurs choses.

D'abord, elle doit faire croire à l'amour entre deux personnes, d'où ce mot à ne jamais oublier : l'alchimie. Une romcom sera toujours ratée quand un producteur se sera contentée d'aligner deux stars bankables qui n'ont rien à faire ensemble sans se préoccuper de l'étincelle qui peut naître de leur rencontre. Ensuite, elle doit être drôle. Et l'humour ne passe pas nécessairement par des éclats de rire bien gras. La tendresse est parfois (souvent) un bien meilleur allié de l'humour que les blagues pipi-caca (même s'ils peuvent êtres complémentaires). Enfin, la comédie romantique doit dire quelque chose. Une histoire d'amour n'est pas une vraie histoire de cinéma si elle ne dit rien sur la société, sur le sentiment ou sur les relations entre individus. Et pour ça, elle doit être pourvue de personnages tangibles et sincères qui ressemblent à vous et à moi. Pas à des êtres sans fond qui n'auraient d'autres problèmes que  "trouver l'amour".

La comédie romantique doit servir à comprendre l'amour : pourquoi tombe-t-on amoureux ? comment tombe-t-on amoureux ? Voilà des questions que chaque scénariste de romcom devrait se poser. Voilà des questions auxquelles chaque scénariste de romcom devrait essayer de répondre. Et malheureusement, peu se les pose, plus occupé, sûrement, à singer des formules lues dans des livres.

Les meilleures comédies romantiques répondent à ces trois exigences. Nora Ephron, Cameron Crowe, Woody Allen se posent ces questions et, par conséquent, répondent aux trois exigences sus-mentionnés. Leurs films en sont la preuve concrète. Mais d'autres, moins visibles, moins reconnus, se la sont posés. C'est souvent moins abouti, peut-être moins ambitieux. Toutes ces exigences ne sont peut-être pas remplies entièrement mais ils ont essayé.

Voilà donc quelques comédies romantiques hollywoodiennes récentes (des années 2000) qu'aucun scénariste/réalisateur français ne cite jamais dans ses interviews mais bien plus réussies (et humbles) que leurs produits formatés, stéréotypés et sans imagination qu'ils veulent nous faire passer pour des petits bijous d'humour et de romantisme.


A Lot Like Love (2005)
Voilà un exemple de comédie romantique qui nous apprend beaucoup sur l'amour des années 2000, sur  la simplicité à faire des rencontres mais aussi à se retrouver bloqué par l'ambition et les aléas de la vie. C'est vrai qu'il y a beaucoup de Quand Harry rencontre Sally et de Annie Hall dans ce film. C'est vrai aussi qu'il n'atteint pas tout à fait ce niveau. Mais peu importe car il donne à voir une relation sincère et très "down-to-earth" entre un garçon et une fille. Et aussi bizarrement que cela puisse paraître, l'alchimie entre Ashton Kutcher et Amanda Peet fonctionne à merveille. Il semble y avoir une vraie vérité dans le sentiment. [Bande Annonce]


She's Out My League (2010)
Voilà une comédie romantique qui semble partir du postulat de la comédie pipi-caca mais qui n'oublie jamais la tendresse et surtout de parler du sentiment, des raisons profondes qui nous font tomber amoureux d'une personne plutôt que d'une autre. Par exemple : la scène de l'éjaculation précoce. La scène est assez drôle sur le coup dans le registre "American Pie". Mais elle se transforme vite. Elle évolue vers la gêne, la honte et inexorablement vers la douleur. Cette scène finit par faire mal. Et tout le film est à cette image : entre humour gras, tendresse et discours plutôt fin sur l'amour. Le jeu de Jay Baruchel, tout en fébrilité, y est pour beaucoup. Mais son alchimie avec Alice Eve joue sans aucun doute. [Bande Annonce].


No Strings Attached (2011)
Voilà une comédie romantique qui n'avait, sur le papier, aucun intérêt. Faux. Tout faux. D'une part parce que le couple le plus improbable du monde sur le papier (Natalie Portman / Ashton Kutcher) fonctionne à merveille à l'écran. Et je n'ai aucune idée de la raison (mais je crois qu'il y a un énorme malentendu sur Kutcher qui date de Demi Moore/Punk'D). D'autre part parce que le film encapsule une bonne partie de la psyché des vingtenaires/trentenaires des années 2000 partagés entre amour et ambition, entre sentiments et sexe, entre facilité et responsabilité. Pas étonnant que Liz Merriweather, la scénariste du film, soit aussi la créatrice de New Girl. [Bande Annonce]


Return To Me (2000)
Voilà une comédie romantique qui semble tout droit tiré d'un roman de Marc Levy. L'histoire : un homme tombe amoureux de la femme à qui on a greffé le coeur de sa femme décédée. Pourtant, le film fonctionne. Pour trois raisons. D'abord, parce qu'il n'est pas dans le "concept à tout prix". C'est un prétexte. Un prétexte pour parler de solitude et de la façon dont on tombe amoureux. Ensuite, parce l'alchimie entre David Duchovny et Minnie Driver est magique (avec prestation géniale de Bonnie Hunt, la réalisatrice, dans un rôle assez similaire à celui qu'elle tenait dans Jerry Maguire). Enfin, parce que le film est d'une sincérité, d'une fraîcheur et d'une tendresse incroyable. [Bande Annonce]


Fever Pitch (2005)
Voilà une comédie romantique qui confirme plusieurs choses. D'abord que les frères Farrelly ne sont pas seulement des étudiants attardés mais surtout de grands romantiques. Ensuite que Drew Barrymore est une amoureuse toujours parfaite. Enfin que son alchimie avec Jimmy Fallon est parfaite. La longue scène dans laquelle Jimmy Fallon veille sur une Drew Barrymore malade est une parfaite illustration de ce qu'il faut faire dans une comédie romantique : être simple, tendre, sincère et drôle. Car, parfois, il ne faut pas aller chercher loin les grands moments de cinéma. [Bande Annonce]



Little Manhattan (2005)
Voilà une comédie romantique qui se contente de rappeler les bases. Comment naît l'amour ? Comment apprend-t-on à aimer ? Comment différentier l'amour de l'amitié ? Des questions auxquelles les adultes ont déjà bien du mal à répondre. Alors pour un petit garçon en culotte courte, imaginez. Le concept du film permet donc de revenir aux fondamentaux, en se passant du cynisme et des vannes de cul. Juste le sentiment. Tenter de comprendre comment il fonctionne. On dirait du Woody Allen. Compliment ultime. [Bande Annonce]



31 mars 2013

It's The New Jack Swing !



Quand j'entre dans l'adolescence au tout début des années 90, c'est souvent au hasard que je dois attribuer la découverte d'une chanson. Pas de Shazam. Pas de blogs. Pas de Soundcloud ou YouTube. Pas de Spotify. Surtout, je suis complètement dépendant de ce qu'un programmateur, pas toujours bienveillant, veut bien me faire écouter.

Je suis en quatrième quand je découvre Bobby Brown. On est en 1992. Le morceau Humpin' Around passe à la radio. Choc musical immédiat. Avant ça, la musique qui passait dans mes oreilles était de la pop-music et de l'eurodance. C'était les trucs que les programmateurs de radio, en Europe, voulaient bien nous faire écouter. Alors, c'est ce qu'on écoutait. On avait pas vraiment le choix, en fait. C'était les seuls disques qu'on trouvait, de toute façon. Et payer 200 francs un disque en import quand on a 30 francs d'argent de poche par mois, impossible.

Mais, par la grâce d'un programmateur moins fainéant (celui de l'émission Rapline sur M6), je découvrais le rap à cette époque. Vers 91-92. Je n'étais qu'un pré-ado qui commençait à peine à muer mais NTM et Public Enemy m'ont appris la vie. La rébellion naturelle de l'adolescence, c'est par eux qu'elle a commencé à s'exprimer. Elle était cantonnée à ma tête (Introverts Power !) mais elle était bien vivace.

Et donc voilà ce que j'ai trouvé chez Bobby Brown : la puissance mélodique des tubes pop que j'adorais (Madonna, les New Kids On The Block, les tubes de Stock Aitken & Waterman pour Kylie Minogue et Jason Donovan) et l'attitude rentre-dedans des rappeurs que je commençais à idolâtrer. Pour  un Américain, avoir un choc musical avec Humpin' Around releverait sûrement de l'absurde tant le morceau (même si génial) reste très anecdotique dans l'histoire de la pop music. Mais voilà, j'étais français (de surcroît, provincial) et le genre de musique pratiqué par Bobby n'avait, jusque là, jamais réellement franchi l'Atlantique. Encore moins les frontières de ma province.

Il ne m'a pas fallu trop longtemps pour découvrir que mon choc musical avait un nom : le New Jack Swing. Certes, sans Wikipedia, il m'a fallu un peu plus de vingt secondes (probablement quelques mois) pour tout apprendre sur cette musique. Le New Jack Swing avait été inventé par Teddy Riley qui avait réussi à mélanger la légéreté des arrangements de la "dance-pop", le côté brut du Hip-Hop et les mélodies suaves du "contemporary R&B".

Le New Jack Swing mélangeait Anita Baker avec Public Enemy, Madonna avec DeBarge, Alexander O'Neal avec Gang Starr, Luther Vandross avec Eric B & Rakim. Dans mes oreilles de petit français qui commençait à peine à rencontrer le rap, le New Jack Swing faisait figure de révolution. Ce que les Américains ont appelé le "contemporary R&B" n'avait en effet jamais atteint les charts français qui s'étaient contenté, dans les années 80, des reliques disco/funk des années 70 comme Kool & The Gang et Earth Wind & Fire.

Dans mes recherches, je re-découvrais donc le Rythm Nation de Janet Jackson (que je n'avais jamais vraiment aimé jusque là). Je découvrais Bell Biv Devoe dans un épisode du Prince de Bel-Air et la chanson Motownphilly des Boyz II Men dans un épisode de La Fête à la Maison. Je voyais au cinéma des films comme Boomerang et Mo Money qui en était rempli. Je découvrais Wreckx-N-Effect, Public Announcement, Aaron Hall, Jodeci et des dizaines d'autres dans les compils New Jack USA qui tournaient en boucle sur ma platine CD. J'explosais surtout le compteur des lectures du Dangerous de Michael Jackson, l'album de New Jack Swing (produit par Teddy Riley) le plus vendu au monde.



Entre 1992 et 1994, je n'écoutais presque que ça. Deux années. Pendant deux ans, je me suis nourri presque uniquement de New Jack Swing. Mais, dommage pour moi, j'arrivais très tard. La France avait découvert le style avec Bobby Brown en 1992 et s'en était vraiment emparé que deux ans plus tard. Les Etats-Unis, eux, l'avait découvert cinq ans plus tôt... en 1987. Et oui, comme (presque) toujours, c'est à peu près le temps qu'il fallait aux musiques pour franchir l'Atlantique, la France avec sa traditionnelle "variété" étant souvent la dernière à sortir de son coma.

Donc, malheureusement, si Teddy Riley avait inventé le style à la fin des années 80 avec le premier album de son premier groupe, Guy, il a sonné lui-même son glas avec le premier album de son deuxième groupe, Blackstreet. Les titres Booti Call et U Blow My Mind, étaient devenu mes hymnes mais il était trop tard : la fin était là. Car pendant ce temps là, les Etats-Unis étaient déjà en train de passer à autre chose : Puff Daddy avait "inventé" Mary J. Blige. Le Hip-Hop avait pris ses aises dans les Charts américains et les sons s'étaient endurcis. Il en était terminé du New Jack Swing, cette "parenthèse enchantée" qui avait permis au R&B de franchir pas mal de barrières musicales.

Le New Jack Swing, c'était sept années. 1987-1994. Pas plus. Pas moins. Pourtant, en France, on a continué à parler de "New Jack". Quand j'étais au lycée, à une époque où le genre avait "plus ou moins" complètement disparu, tout le monde continuait de parler de "New Jack" dès qu'il s'agissait de qualifier un morceau de "musique noire chantée et influencée par le rap". Puis, il y a eu cette expression un peu abscons et un peu anachronique vendue par les maisons de disques et les médias : le "groove".  On était à la fin des années 90. Je sais pas comment est finalement arrivé le mot R&B au début des années 2000 mais le terme a finalement réussi à faire son chemin dans la tête des Français. Encore et toujours ce retard à assimiler tout ce qui fait la culture pop.

D'où un phénomène ces derniers temps sur les blogs musicaux français. On parle de R&B pour qualifier une musique qui n'aurait existé que depuis 1996. Et je vous avoue : ça me fait mal au coeur. Lire des choses qui laisserait penser que "No Diggity", "The Boy Is Mine" ou "Family Affair" aurait inventé le R&B. Quand je lis des absurdités pareilles, j'ai l'impression qu'on piétine mon adolescence. Putain de jeunes nés dans les années 90. Aucun respect !

Alors, voilà. J'ai fait une playlist sur Spotify uniquement dédiée au New Jack Swing, le vrai, l'unique, celui qui n'a existé qu'entre 1987 et 1994, celui qui nous faisait danser le "running man" dans les boom avant d'entamer les slows, celui qui me fait encore frissonner d'un plaisir nostlagique sans pareil... Enjoy.

Aaron Hall - It's Gonna Be Alright
After 7 - In The Heat of The Moment
Al B. Sure - Nite And Day
Alexander O'Neal - Criticize
Bell Biv DeVoe - Poison
Big Daddy Kane ) I Get The Job Done
Blackstreet - U Blow My Mind
Blackstreet - Booti Call
Bobby Brown - Don't Be Cruel
Bobby Brown - My Prerogative
Bobby Brown - Humpin' Around
Bobby Brown - Two Can Play That Game
Boyz II Men - Motownphilly (Original)
Christopher Williams - I'm Dreamin'
Color Me Badd - I Wanna Sex You Up
Guy - Wanna Get With U
Guy - Groove Me
Guy - Teddy's Jam
Heavy D & The Boyz  feat. Aaron Hall - Now That We Found Love
Hi-Five - She's Playing Hard To Get
James Ingram - It's Real
Janet Jackson - Rythm Nation
Janet Jackson - Miss You Much
Janet Jackson - Love Will Never Do (Withour You)
Jodeci - Feenin'
Joe - The One For Me
Joe Public - Live And Learn
Teddy Riley feat. Tammy Lucas - Is It Good To You
Aaron Hall - Don't Be Afraid
Karyn White - Secret Rendez-Vous
Keith Sweat - I Want Her
The Laface Cartel - Reversal Of A Dog
Mary J. Blige - Changes I've Been Going Through (Teddy Riley Remix)
Michael Jackson - Remember The Time
Luther Vandross & Janet Jackson - The Best Things In Life Are Free
New Edition - If It Isn't Love
Portrait - Here We Go Again
R. Kelly & Public Announcement - She's Got That Vibe
Ralph Tresvant - Sensitivity
Redhead Kingpin - Do The Right Thing
Starpoint - I Want You - You Want me
SWV - Right Here (Human Nature Remix)
SWV - I'm So Into You
TLC - What About Your Friends
Tony! Toni! Toné - Feels Good
Troop - Spread My Wings
Wreckx-N-Effect - Rump Shaker


(P.S. : On pourrait considérer "This Is How We Do It" de Montell Jordan, sorti en 1995, comme du New Jack Swing. Musicalement, ça l'est clairement. Mais la chanson était déjà tellement anachronique  et "à part" dans le contexte de l'époque que j'arrive pas à l'inclure)




21 mars 2013

Pourquoi tant de haine contre Anne Hathaway –et d'amour pour Jennifer Lawrence?



J'ai fait un article sur Jennifer Lawrence, l'actrice que tout le monde adore, et Anne Hathaway, l'actrice que tout le monde adore détester.

C'est sur Slate.fr...



09 janvier 2013

Mes films préférés de 2012

Entre le mercredi 4 janvier 2012 et le mardi 1er janvier 2013, j'aurais vu 165 films dans une salle de cinéma, soit 22 de plus qu'en 2011 et dix de moins qu'en 2010. Bonne moyenne. Je garde le rythme. Qualitativement, après l'excellent cru de 2011, 2012 s'est plutôt bien défendu. Voici donc, comme tous les ans, une liste de mes films préférés de cette année, garantis sans (presque) tous les films que vous avez vu dans des tops ciné ces dernières semaines...

(Et avec une petite entorse à la tradition)


1. Like Crazy
Je suis censé mettre dans ce top uniquement les films vus en salles cette année. C'est la règle. Sauf que... J'ai du faire face à un dilemme, cette année. Le plus beau film. Le film le plus intense. Le film le plus riche en émotion vu cette année n'est pas sorti en salles. Il est sorti en VOD. Ce film, c'est donc Like Crazy. J'ai longuement hésité à l'inclure. Mais je ne pouvais faire autrement. Ce film me hante. Parce qu'il est tout simplement le film le plus vrai que j'ai jamais vu sur le sentiment amoureux au 21e siècle. Like Crazy n'est pas une histoire de passion, comme on n'en voit des milliers au cinéma à longueur d'années. Like Crazy parle de l'Amour, simple, quotidien, presque banal. Il parle de comment il naît, de comment il se développe, de comment il meurt (éventuellement). Like Crazy est un film de tendresse, d'humour, de bien-être, d'égoïsme, d'implacabilité. Juste un film sur la seule chose qui nous rapproche en tant qu'être humain .


2. Nouveau Départ
Il paraît que je ne suis pas impartial pour juger un film de Cameron Crowe, mon idole  mon maître, mon Dieu. Il paraît que, peu importe le résultat, j'aimerais un film DE Cameron Crowe. Franchement ? Peut-être. Je ne me rends peut-être pas compte. Et alors ? Je m'en fous, en fait. J'aime Nouveau Départ. Et je l'aime pour exactement les mêmes raisons que j'aime ses cinq films précédents : pour son irrépressible envie de croire dans la bonté des êtres humains, pour ses petites phrases qui résonnent longtemps, très longtemps dans un coin un peu paumé de ma tête faisant alors battre mon coeur un peu plus fort que d'habitude, pour  tous ces silences, ces regards, ces sourires, ces moments de tendresse en apesanteur, pour son absence de cynisme et, enfin, pour tout ce que le film dit sur son auteur, en l'occurrence, ici, son divorce et le deuil de son amour de presque trente ans.


3. Les Bêtes du Sud Sauvage
Il y a des choses que seul le cinéma est capable de vous offrir. Des images. Des sons. Des sensations qui vous sortent de votre quotidien. C'est ce genre de voyages que m'a offert Les Bêtes du Sud Sauvage. Je vais au cinéma pour ce genre de voyage, ceux qui me font apprécier la vie sur Terre, me permette de me sentir humain, vivant, d'appartenir à une grande communauté. Voilà un film qui, par son lyrisme, la puissance de son histoire, de son décor et de ses personnages, arrive à montrer la beauté du monde, la beauté des coeurs et des âmes. Un vrai film sur l'humanité.


4. Detachment
A force de voir des films au cinéma, j'ai souvent tendance à me faire une opinion avant même de les voir. L'expérience m'a appris à reconnaître ce qui se cache derrière une bande-annonce, une stratégie marketing, une programmation, un genre ou sous-genre. Les films "sur l'éducation" par exemple : difficile de se tromper. Tous sont faits plus ou moins de la même manière, de Esprits Rebelles à Half Nelson en passant par Stand & Deliver. Avec Detachment, c'est donc plus ou moins ce que j'allais voir. Raté. Detachment est un coup de poing dans le ventre, un film sans espoir, sans rédemption. Un film nihiliste qui étale sa tristesse et son désespoir pour mieux vous mettre K.O. Parce que Detachment n'apporte pas de solutions miracles, ne fait pas croire au professeur plein de bonnes volontés qui pourrait changer le destin de ses élèves. Detachment montre une (certaine) réalité, celle où le malheur reste malheur. C'est exténuant mais salvateur.


5. The Descendants
Ce que j'aime chez Alexander Payne, c'est son talent pour parler d'histoires et de gens ordinaires. C'est son talent à saisir les petites manies agaçantes, l'ironie de situations banales et, en même temps, les rendre extraordinaires par son humour, son regard décalé. Extraordinaire directeur d'acteurs, il donne corps aux grands et aux petits drames, aux grands et petit bonheurs, avec la même intensité. Alexander Payne fait ce qu'on appelle communément de la comédie dramatique : faire rire et pleurer en l'espace d'une seule et petite minute. Parce que c'est à ça que ressemble la vie, la vraie, celle des vrais gens : elle ressemble à des moments tristes, durs, drôles, tendres, bizarres, absurdes. Elle ressemble à tout ça. Et c'est à tous ces moments que ressemblent The Descendants.


6. The We & The I
Retrouver l'énergie, l'innocence, l'humour, l'émotion, la vérité du Breakfast Club. Beaucoup ont tenté. Peu ont réussi. Encore moins pour parler de l'adolescence du 21e siècle, celle de YouTube et des réseaux sociaux. Est-ce que c'était l'objectif de Michel Gondry avec The We & The I ? J'en sais rien. Et peu importe. Pourtant, le résultat est là. Comme John Hughes, il confine ses ados tous très différents dans un lieu clos et il observe. Il observe leur humour, leurs répartis, leurs vannes, leurs non-dits, leurs peurs, leurs drames, leur mélancolie. Et c'est un bonheur. Car vieillir, c'est souvent oublier cette jeunesse. The We & The I rappelle donc que l'adolescence d'aujourd'hui n'est pas tant différente de celle d'hier, que seuls les outils changent.


7. Tyrannosaur
L'alcoolisme. L'extrême violence. Le chômage. Il y a dans Tyrannosaur beaucoup de désespoir et une absence totale d'illusions. L’âpreté du paysage social montré dans le film est parfois insoutenable. Et pourtant. C'est la lumière qui arrive à naître dans le regard de ses personnages qui fait du film une incroyable leçon d'espoir. Tyrannosaur prend aux tripes. C'est viscéral. Je suis sorti de la salle épuisé, chamboulé, bouleversé mais la leçon d'humanité qu'offrent les immenses Peter Mullan et Olivia Colman est inestimable. Une grosse claque.



8. Elle s'appelle Ruby
Elle est une de mes obsessions. La manic pixie dream girl, ce personnage qui n'existerait qu'au cinéma, cet être malicieux capable de redonner goût à la vie et à l'amour au plus mélancolique et triste des garçons. Elle m'obsède parce que je crois à cet être. Je crois qu'il existe dans ma réalité, pas seulement dans celle des films que je regarde et re-regarde. Elle m'obsède, surtout, parce que, comme le dit Ruby Sparks, elle ne semble ne pouvoir exister qu'à travers le regard de ce garçon. Suis-je à ce point comme le personnage incarné par Paul Dano, cet écrivain donnant naissance pour de vrai, par la force de son imagination, à cette manic pixie dream girl, la fille de ses rêves ? Je veux croire que non. Mais je ne peux m'empêcher de me retrouver dans ce portrait. Voilà pourquoi j'aime Ruby Sparks. Parce qu'il me force à me regarder en face, à affronter des trucs que je n'ai pas forcément envie de voir.


9. Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare
Il y a quelque chose dans le regard de Steve Carell, une tendresse, une mélancolie qu'on ne retrouve chez presque aucun autre acteur. Même dans ses pures comédies, il est là, ce regard. Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare n'est pas de celle-là. Il y avait donc une possibilité pour que ce regard me tire quelques larmes, comme ça avait déjà été un peu le cas auparavant. Et en effet... Je n'ai pas résisté. Malgré le ton teinté d'un humour très efficace, c'est la profonde mélancolie du film qui a emporté mon coeur. Notamment parce que je ne m'y attendais pas. Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare est d'un romantisme imparable. C'est un road-movie, d'une tendresse infinie, sur l'amour, l'amitié et la frontière (parfois invisible) entre les deux. Encore une histoire de manic pixie dream girl d'ailleurs. Ou serait-ce une histoire de manic pixie dream boy ?


10. Comme des frères
J'ai une fâcheuse tendance à pester contre la comédie française (classique, romantique ou dramatique), sur son manque d'audace, sur son uniformisation à l'outrance, sur la faiblesse de ses scénarios et de ses personnages. Et parfois, il se produit des miracles, de véritables petites bulles d'air qui redonnent (un peu) confiance. Comme des frères est de ceux-là. Voilà un film d'un mec qui n'a pas oublié que la comédie dramatique n'est pas une affaire de quelques minutes d'émotion quinze minutes avant le générique de fin. Voilà un film d'un mec qui a vu Capra, Lubitsch, Wilder, L. Brooks, Crowe et Apatow. Voilà un mec qui a compris que la comédie dramatique, c'est arrivé à faire (vraiment) rire dix secondes après avoir fait pleurer. Et inversement. Comme des frères, c'est de l'audace, des idées, encore des idées et  une tendresse infinie pour ses personnages. Dans ces cas-là, j'ai juste envie de dire merci.




02 janvier 2013

Mes albums préférés de 2012

Quatrième épisode de la retrospective annuelle de 2012 avec mes albums préférés. Je pense que c'est la liste la plus variée que j'ai jamais faite sur ce blog. Il y en a vraiment pour (presque) tous les goûts et c'est garanti sans Alt-J, Frank Ocean, Kendrick Lamar (il était 11e), Tame Impala et autres trucs que vous avez vu à peu partout ailleurs. Je vieillis.



1. Beach House - Bloom
J'ai toujours bien aimé Beach House. Mais j'ai toujours trouvé un peu chiants leurs albums. Cette voix languissante, ces mélodies lentes et éthérées. C'était agréable le temps d'une chanson, très vite lassant sur la durée d'un album. D'autant qu'en trois disques, le groupe n'avait jamais réellement fait évoluer son son. Chose faite cette année avec Bloom. Des mélodies plus animées, plus vivantes, plus rondes mais toujours avec cette puissante dose de mélancolie et des sons plus variés, il ne manquait plus que cela à Beach House pour devenir mon nouveau groupe préféré de l'année. En prime, ma chanson numéro 1 de l'année : Myth. De la beauté à l'état pure. [Ecouter sur Spotify]


2. First Aid Kit - The Lion's Roar
Le génie des Suédois en matière de pop-music, je le connaissais. Un peu moins celui pour le folk et la country, domaine de prédilection des Américains et des Anglais. Les deux soeurs Johanna et Klara, respectivement âgées de 22 et 19 ans, viennent donc apporter une corde aux nombreux talents des Suédois en matière de musique. Et ça passe d'abord par la mélodie, comme souvent au pays de Robyn et d'Ikéa. Voir The Lion's Roar ou Emmylou, par exemple. Mais ça passe aussi par la parfaite harmonie des leurs voix. Il y a une magie dans la combinaison de ces deux voix qui fait résonner leurs chansons dans mon coeur et fait frissonner mon corps entier. [Ecouter sur Spotify]


3. Joey Badass - 1999
Il a 17 ans. 17 putain d'années. Joey Badass est un surdoué. Rappelant parfois Nas à ses tous débuts, le jeune MC de Brooklyn possède une maturité dans son art sur laquelle beaucoup de ses aînés pourraient prendre exemple. D'abord, parce qu'il écrit avec un tel brio que ses paroles paraissent presque irréels dans la bouche d'un mec à peine démoulé : "Since '95 momma been workin 9 to 5, And I know the landlord fed up with our lives, So we pray up to Gods, the Ja's and the Allah's, To keep us safe and watch our lives, 'Cause all we tryin' to do is do good". Ensuite parce que son flow est d'une maîtrise absolue - sachant qu'on parle ici d'une mixtape probablement enregistrée dans une chambre. Enfin, parce qu'il arrive à mixer un certain esprit purement old school (qu'il n'a évidemment pas connu) avec la fougue de sa jeunesse et je trouve ça assez jubilatoire. [Télécharger gratuitement]


4. Max Richter - Vivaldi - The Four Seasons Recomposed
Je n'y connais pas grand chose en musique classique. J'aime ça mais je n'ai pas la culture. Par contre, je m'intéresse énormément depuis quelques petites années à ce qu'on peut appeler le néo-classique : Philip Glass, Michael Nyman, Johann Johannsson et justement Max Richter. Là encore, j'ai encore beaucoup de lacunes (je suis venu à eux par la musique de films) mais, à chaque fois que je découvre un des ces albums, je tombe sous le charme. Ce fut le cas avec cette étrange et atypique "recomposition" du fameux concerto de violon de Vivaldi par Max Richter. Difficile à expliquer le processus créatif derrière ce mot "recomposition". Reste la musique : on retrouve des mélodies, des éléments de Vivaldi mais le tout est une oeuvre de Max Richter. Vous ne réécoutez pas pour la millième fois les Quatre Saisons. Vous écoutez une oeuvre de 2012 avec sa modernité. Et c'est d'une beauté à peine croyable. [Ecouter sur Spotify]


5. Emeli Sandé - Our Version of Events
On assimile trop souvent la pop-music à des jeunes filles en mini-short et à des DJ à vestes fluos. On laisse souvent de côté des gens comme Emili Sandé. Des gens qui font de la pop-music avec la force du désespoir, avec des mélodies puissantes mais pas neuneu, avec des voix à vous donner des frissons au plus profond de votre être. On pourrait dire d'Emili Sandé qu'elle fait du R&B, de la soul, qu'elle est l'héritière de Whitney, d'Aretha, d'Ella ou de je-ne-sais-qui-d'autres. Mais la jeune chanteuse est autant l'héritière de ces divas magnifiques que de Joni Mitchell ou de Tracy Chapman. Emili Sandé fait juste de la pop-music, de la musique pour tous, populaire, bien arrangée, bien écrite. Une musique dans laquelle tout le monde peut se retrouver et se retrouve, sans pour autant perdre des neurones dans l'aventure. Une musique qui inspire et transcende les genres. De la putain de bonne musique pop - ce qui commence à devenir sacrément rare de nos jours. [Ecouter sur Spotify]


6. Killer Mike - R.A.P. Music
Si on le compare à Joey Badass sus-mentionné, Killer Mike, avec ses 37 ans au compteur, est ce que l'on peut aisément appelé un "vétéran". La première fois que je l'ai entendu, c'est sur le Stankonia d'Outkast en 2000. Depuis, il a sorti cinq albums dans la quasi-indifférence, malgré des qualités évidentes d'écriture, des talents indéniables de MC et une hargne politique rarement observée dans le hip-hop sudiste. Du coup, l'alliance inédite avec El-P, le producteur de Brooklyn, pour R.A.P. Music résonne comme une petite révolution. J'ai immédiatement pensé à AmeriKKKa's Most Wanted, le classique de Ice Cube produit par le Bomb Squad de Public Enemy en 1990. La rencontre de deux mondes presque radicalement opposées, la conscience politique, la sensibilité moite du sudiste Mike avec les sons bruts, presque expérimentaux de El-P. [Ecouter sur Spotify]


7. Big Boi - Vicious Lies & Dangerous Rumors
Big Boi est toujours passé pour le frimeur dans Outkast, le duo qu'il a formé pendant plus de dix ans avec Andre 3000, l'excentrique. Big Boi était le rappeur classique comme on a tendance à le caricaturer, celui qui parlait de sexe crûment, celui avec les bijoux et les belles voitures, tandis que son comparse était celui qui portait les vêtements psychédéliques et parlait de trucs compréhensibles que par lui. Mais voilà, les deux rappeurs ont toujours été les premiers à évoluer, à créer les modes plutôt qu'à les copier. Et Big Boi, derrière le bling bling, était l'artisan de ces évolutions, comme il a pu le prouver avec son incroyable premier album solo en 2010 et, aujourd'hui, avec ce deuxième album. Fun, décomplexé, parfois pop, les sonorités font autant appel au rap sudiste le plus pur qu'à l'électro pop en passant par le rock indé. D'un bout à l'autre, c'est brillant. [Ecouter sur Spotify]


8. Sigur Ros - Valtari
Sigur Ros est un de mes cinq groupes préférés de tous les temps. Pourtant, à chaque sortie d'albums, je suis décontenancé. J'écoute. Je laisse tomber six mois. Je réécoute et je comprends enfin pourquoi je les aime tant. C'est bizarre. Ils sont les seuls à me faire ça. Le pire, je crois, c'était pour la sortie en 2008 de Með Suð Í Eyrum Við Spilum Endalaust. Les chansons de 3-4 minutes. Les mélodies pop. Moi qui aimait avant tout les grandes envolées de 8-10 minutes, les chansons épiques sans refrain. Mais je m'y suis fait. Comme je me suis fait au retour aux sources de Valtari, leur album le plus intimiste depuis Von en 1997. Presque dénué de percussions, Valtari fait penser à Riceboy Sleeps, la percée néo-classique et ambient de Jonsi en 2009. Fini la grandiloquence, les guitares saturées et la dramaturgie, Valtari est un album fragile, tendre, toujours aussi mélancolique mais calme et apaisant. [Ecouter sur Spotify]


9. Perfume Genius - Put Your Back N 2 It
Le jeune Perfume Genius, qui avait enregistré son premier album dans le sous-sol de la maison de sa mère, ne change pas beaucoup sa formule. Des chansons épurées et minimalistes autour d'une voix fragile et d'un piano ou de vagues de synthés.  Des chansons qui vous font ressentir l'hésitation, la peur, la fragilité de son auteur. Un album qui fait presque mal à écouter tant il y a de douleurs dans cette voix, dans ces arrangements, dans ces chansons très courtes, tellement courtes qu'elles paraissent inachevées. [Ecouter sur Spotify]



10. Imperial Teen - Feel The Sound
Voici un groupe qui n'avait rien sorti depuis plus de cinq ans, après quatre albums depuis 1996. Créé par le clavier de Faith No More et d'autres membres influents de la scène indie de San Francisco, Imperial Teen fait un rock épique qui sent bon l'adolescence, malgré l'âge pas mal avancé de ses membres. Les garçons et les filles chantent ensemble. Les mélodies sentent bon le soleil californien et le tout donne envie de partir en virée en décapotable. Délicieusement fun. [Ecouter sur Spotify]